ILS ANNONÇAIENT L’EFFONDREMENT RUSSE, ILS ANNONCENT MAINTENANT L’APOCALYPSE

Lucide diagnostic mais qui ne saurait traiter que les symptômes, à défaut de remonter à la racine du mal…

« Dieu se rit des hommes qui maudissent les effets dont ils chérissent les causes » Bossuet

Encore faut-il avoir lu https://eveilleursdelaube.fr/ pour comprendre de quoi il retourne vraiment, car vous ne trouverez exposé ici que la partie émergée de l’iceberg puisque son auteur n’est visiblement pas un de mes lecteurs. 😉

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@BPartisans
ILS ANNONÇAIENT L’EFFONDREMENT RUSSE, ILS ANNONCENT MAINTENANT L’APOCALYPSE
Par @BPartisans
 

Il faut encadrer cet article de Foreign Affairs. C’est un petit monument funéraire élevé à quatre années de clairvoyance stratégique occidentale.

En 2022, les experts avaient tout prévu. Sanctions « dévastatrices », industrie paralysée, composants introuvables, économie asphyxiée, armée épuisée : la Russie allait finir à genoux. Il ne restait pratiquement plus qu’à choisir la musique de l’enterrement.

Quatre ans plus tard, léger problème de scénario : le mort bouge encore.

Et Foreign Affairs découvre maintenant avec inquiétude une Russie davantage militarisée, une industrie de défense adaptée à la guerre longue, une armée ayant accumulé une expérience considérable et un pays ayant développé des circuits économiques permettant de contourner une partie de l’isolement occidental.

Autrement dit, après avoir passé quatre ans à expliquer comment nous allions affaiblir la Russie, les mêmes milieux stratégiques commencent à nous expliquer pourquoi il faut avoir peur de la Russie que leur stratégie devait affaiblir.

Du grand art.

Hier : « La Russie est faible, continuons. »
Aujourd’hui : « La Russie est dangereuse, continuons. »
Demain, si Moscou devient encore plus dangereux : « Vous voyez bien qu’il fallait continuer. »

Une doctrine tellement parfaite qu’elle ne peut jamais échouer puisque chacune de ses défaites devient une raison de la poursuivre.

On devait isoler Moscou : elle approfondit ses relations avec Pékin et d’autres partenaires. On devait épuiser son industrie militaire : elle s’est réorganisée autour de l’effort de guerre. On devait saigner son armée : elle acquiert l’expérience grandeur nature d’un conflit industriel moderne.

Pendant ce temps, l’Europe contemple ses arsenaux amaigris, découvre qu’elle manque de capacités de production, organise sa 487e conférence sur « l’autonomie stratégique » et commande aux États-Unis une partie des armes nécessaires pour devenir indépendante des États-Unis.

Même Kafka aurait trouvé le scénario un peu chargé.

Et maintenant arrive l’addition : davantage de budgets militaires, davantage d’usines, davantage de missiles, davantage de milliards. Car il faut évidemment réparer avec votre argent les conséquences d’une politique que personne parmi ceux qui l’ont conçue n’envisage de remettre sérieusement en cause.

C’est probablement le métier le plus confortable du monde occidental : se tromper aux frais du contribuable, puis présenter les conséquences de son erreur comme la preuve qu’il faut augmenter son budget.

On voulait enfermer la Russie dans une guerre d’attrition. On découvre avec quatre ans de retard cette subtilité stratégique apparemment réservée aux prix Nobel : dans une guerre d’attrition, il faut vérifier qui possède le temps, les hommes, les matières premières et les usines.

Mais surtout, ne demandez aucun compte.

Les experts qui annonçaient hier l’effondrement russe sont déjà revenus expliquer le danger russe.

Les dirigeants qui promettaient d’affaiblir Moscou promettent maintenant de nous protéger d’un Moscou qu’ils décrivent comme plus menaçant.

Chez nous, l’incompétence stratégique ne conduit jamais à la démission. Elle conduit à une conférence de presse, un nouveau plan à 500 milliards et une promotion.

Et lorsque l’Histoire présentera finalement la facture, ceux qui ont passé quatre ans à jouer aux échecs avec les vies des autres expliqueront probablement qu’ils avaient tout prévu.

Tout, sauf le résultat.

Pour marque-pages : Permalien.

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