Du Panjshir à Bob Denard : le soldat libre Franco Nerozzi raconte le commandant Massoud à 25 ans de sa mort

Ainsi s’exprime l’ex commandant du 2e REP (Légionnaire parachutiste-béret vert) Gétan de Montfort en relatant sa rencontre avec le commandant Massoud.

« Je voulais rencontrer le Lion du Pandjchir, le Commandant Ahmad Shah Massoud ayant mené la résistance contre les Soviétiques de 1979 à 1989, repoussant sept attaques majeures lui ayant valu le titre de « Lion du Pandjchir ». Depuis sa vallée du Pandjchir protégée par les sommets de l’Hindou Kouch culminant à plus de 6000m, Massoud était à la tête de l’Alliance du Nord passée de 1000 guérilleros à 13 000 combattants, bien armés par les US pour virer les Soviétiques implantés en Afghanistan depuis le coup d’état communiste de  1978. C’est ainsi que début juillet 1979 le président Carter envoie clandestinement de l’aide aux Moujahidines se dressant face au régime pro-soviétique de Kaboul. C’est ainsi que cette ingérence dans les affaires intérieures de l’Afghanistan menée par la CIA allait déclencher six mois plus tard l’arrivée de l’armée soviétique, à laquelle les US allaient infliger une sorte de guerre du Vietnam pour les dix ans à venir…

Puis, en 1992 Massoud devint ministre de la Défense à la tête des forces armées, ce qui l’amena à combattre les seigneurs de la guerre menés par Gulbuddin Hekmatyar enrichi par la culture du pavot. Face aux Talibans soutenu par les US et l’Arabie Saoudite depuis leur base arrière du Pakistan, en tant que musulman modéré Massoud dut alors prendre les armes contre ses anciens alliés assiégeant Kaboul début 1995.

En 2000, alors que les Talibans gagnaient du terrain et que Massoud sollicitait l’aide de l’UE, javais demandé à faire sa connaissance lors de notre voyage sur la Route de la Soie, et il nous avait très aimablement reçu dans sa maison de la vallée du Pandjchir ta tante avait beaucoup apprécié laprès-midi passée avec sa femme. Sachant que Massoud avait étudié au Lycée Français de Kaboul, j’avais apporté de France une belle édition des “Mémoires de Guerre” du général de Gaulle qui lui avait fait plaisir. Au moment de les quitter, alors que ta tante félicitait son épouse pour son superbe châle en Pashmina, celle-ci le retira pour en couvrir les épaules de Geneviève. Elle fut tellement touchée de ce geste qu’elle sortit le foulard Hermès qu’elle avait dans son sac à dos pour le nouer autour du cou de madame Massoud. Alors que toutes d’eux tombaient dans les bras l’une de l’autre, Ahmad était retourné dans la maison d’où il était aussitôt ressortit avec un livre de poèmes en français du grand poète mystique perse Rumi. Il m’expliqua que le fondateur de la confrérie soufi des Derviches Tourneurs au 13e siècle avait noué des liens d’amitié avec l’ordre des Franciscains fondé par François d’Assise. Qui n’est pas seulement le saint patron des écologistes, mais aussi le fondateur du dialogue inter-religieux. Je lui serrais la main avec une telle reconnaissance après cette si belle après-midi en leur compagnie, qu’il m’avait alors donné une accolade de frères d’armes, qui tous deux n’aiment pas la guerre pour l’avoir trop faite. Le ton de Gaétan était soudain celui d’un homme ému qui se contient, ce qui n’en donnait que plus de poids à ses paroles. Après une pause, Gaétan reprit – Massoud était d’une joyeuse sérénité et nos parcours se croisaient : ce fils d’un colonel de l’ex-Armée Royale Afghane était un ingénieur devenu commandant, et moi ex- commandant, je devenais ingénieur-agronome sur le terrain. C’était un Soufi. Ces gens-là forcent le respect, comme l’avait fait Abd el-Kader lors de son exil forcé en France. Les Soufis sont des sages, des pacifistes. « Mais lorsque le pays est envahi, les Soufis ne restent pas les bras croisés à philosopher », mavait déclaré Massoud. Il était dune vraie noblesse, et se devait de protéger son peuple, comme nos ancêtres lont toujours fait. Cest pourquoi je te disais que les petits marquis ont trahi la mission de la noblesse, qui est de servir. A notre retour nous avions vu le très beau documentaire « Massoud lAfghan », que lui avait consacré le regretté Christophe de Ponfilly qui le connaissait depuis la guerre contre l’URSS des années 1980. » extrait d’https://eveilleursdelaube.fr/

https://www.breizh-info.com/2026/09/08/263105/interview-sur-massoud-franco-nerozzi/

Pour marque-pages : Permalien.

Les commentaires sont fermés.