Objet : Lettre Ouverte de mise au point suite au dépôt de plainte pour « désinformation » des services de préfecture

Magnifiquement bien écrite !

Mme Christelle Record

Ferme du Soulé

09000 Baulou

M. Hervé Brabant

2 rue de la Préfecture

09007 Foix


Baulou, le 21/04/2026



Objet : Lettre Ouverte de mise au point suite au dépôt de plainte pour « désinformation »

des services de préfecture



Cher Monsieur le préfet,


J’ai été très surprise, et même choquée, de découvrir sur le compte Facebook de votre préfecture

un texte qui commence par : « Lutte contre la désinformation et dépôt de plaintes suite à des

menaces proférées à l’encontre d’agents publics et vétérinaires libéraux. »

En effet, je suis surprise car j’ai moi-même fait l’objet – à de nombreuses reprises –

d’intimidations et de menaces (allant jusqu’à la garde à vue) si je ne cédais pas à la vaccination

forcée de mes 30 vaches, en parfaite santé et élevées dans des conditions sanitaires optimales.

Mon parcours de soin et de santé global, exemplaire, se base sur la maîtrise du microbiote de

mes animaux, et l’équilibre de ce système ne saurait souffrir de l’introduction forcée de chimie.

Dès lors, cher Monsieur, mon refus de la vaccination est légitime et n’a rien à voir avec une

supposée idéologie « anti-vax ».

Je suis surprise car je n’ai, pour ma part, menacé personne, si ce n’est peut-être sous le coup de

la colère – et de la tristesse de voir disparaître sous mes yeux plus de 10 ans de travail – lorsque,

maintenue par quatre gendarmes en armes, je tentais de faire barrage de mon corps pour

empêcher le fléchage d’un petit veau.

Et enfin, je suis surprise, car j’ai moi-même été contrainte, forcée, bousculée, menacée dans le

cadre de cette démonstration de force visant à contraindre ma micro-exploitation vertueuse à se

plier à des règles sanitaires hors sol. Mon seul tort fut ma volonté inébranlable de préserver le

fruit d’années de travail sur mon cheptel. Et pour ce tort, j’ai été traitée comme une criminelle,

car je rappelle que, sous vos ordres et sous la supervision de vos rapports directs – la sous-

préfète Sophie Pauzat, M. Frédéric Pujol et M. Nicolas Bastié –, c’est un véritable siège

militaire qui s’est tenu sur ma ferme :

 pas loin de 130 gendarmes en armes ;

 neuf camions de gendarmes, dont un camion spécialisé en télécommunications ;

 le peloton du PSIG Ariège ;

 un ou plusieurs drones à vision thermique ;

 des motards de route et des motards tout-terrain.

Il ne manquait plus que les centaures, les hélicoptères et, pourquoi pas, les sous-marins pour

être au complet.Vous avez même fait bloquer la D117 pendant une journée entière, créant le chaos pour des

milliers de personnes qui y circulent quotidiennement.

Je ne m’étendrai pas sur les pertes financières que vous avez engendrées pour mon commerce

« L’épicerie d’ici… » avec ce blocus.

Et après tout cela, vous vous offusquez pour des publications sur Internet faites par des gens

sympathisants de la cause paysanne, dont l’émoi a été déclenché par l’extrême violence des

événements et des actions commises par les forces de l’ordre et les vétérinaires armés de fusils

hypodermiques.

Et si je n’approuve ni les violences physiques ni verbales, d’où qu’elles viennent, je tiens à

rappeler que Maître Protat n’a eu de cesse de rappeler, tout au long de cette journée, à celles et

ceux qui agissaient sous vos ordres qu’ils engageaient, ce faisant, leur responsabilité

individuelle et personnelle. Maître Protat a d’ailleurs répété à plusieurs reprises aux vétérinaires

libéraux : « J’essaie de vous protéger également. » De nombreuses vidéos en témoignent.

Avez-vous pris le temps, Monsieur le préfet, de regarder les images qui circulent actuellement

jusque dans les pays limitrophes, tant elles sont outrageusement violentes ?

Et si nous parlions maintenant de la « désinformation » ?

Quand, devant le tribunal administratif de Toulouse, jeudi dernier, votre sous-préfète assure

que quatre veaux issus d’un troupeau non vacciné en Sardaigne sont morts de la DNC, a-t-elle

vérifié l’information au préalable ? Ou fait-elle de la désinformation auprès du juge ? Car, selon

le ministère italien de la Santé lui-même, les quatre veaux en question étaient bel et bien nés

d’un troupeau vacciné.

Mais d’ailleurs, la désinformation en commencerait-elle pas par la volonté de ne pas informer ?

Car je vous ai questionné par écrit à propos des vaccinations, démarrées dans l’urgence et la

panique chez les éleveurs à la suite de l’abattage total de l’élevage de Moriscou, qui n’ont pas

fait l’objet d’informations préalables permettant un consentement éclairé. Et vous m’avez

répondu : « … Ces données (nom du vaccin, date du vaccin) sont normalement accessibles par

les éleveurs auprès de leurs vétérinaires… »

Vous vous cachez derrière les vétérinaires que vous prétendez maintenant défendre par de vains

dépôts de plainte.

En réalité, votre volonté de faire respecter le protocole sanitaire n’inclut pas d’actions, pourtant

de votre ressort, pour assurer un processus d’information correct vis-à-vis des éleveurs et

favoriser leur libre consentement éclairé. Vous allez même jusqu’à conseiller aux éleveurs

d’aller chercher la notice du vaccin sur Internet après que la vaccination a eu lieu. Si la situation

n’était pas aussi tragique, nous pourrions croire à une mauvaise blague.

Et que dire de votre réponse concernant le suivi des effets secondaires du vaccin par les pouvoirs

de l’État que vous représentez ? Vous m’écrivez : « Au niveau régional, le GTV (Groupements

techniques vétérinaires) a mis à disposition des vétérinaires sanitaires un formulaire de

déclaration des effets post-vaccinaux. »Puis-je vous suggérer – c’est dans l’air du temps depuis que les services de l’État ne viennent

concrètement plus en aide aux contribuables que nous sommes – de créer un numéro vert ?

« Allô ? J’ai peut-être un cas de DNC sur ma ferme vaccinée ! Pourriez-vous envoyer l’armée

pour abattre mon troupeau ? »

Sur Facebook, vos services lancent l’alerte : « La dermatose nodulaire contagieuse est une

maladie grave, particulièrement contagieuse, qui peut causer jusqu’à 10 % de mortalité et 45 %

de comorbidités dans un troupeau. »

Pourquoi n’ajouteriez-vous pas, par souci de ne pas désinformer, que seulement trois vaches

furent contaminées en Ariège, sur 73 000 bovins, et qu’aucun nouveau cas n’a été détecté depuis

janvier 2026 ?

Car vous le savez pertinemment, n’est-ce pas ? Aucune vache en Ariège n’est morte de la DNC.

Elles sont toutes mortes d’avoir été « dépeuplées ». En France, 117 vaches ont été contaminées

pour 16,5 millions de bovins. Je crois qu’il est bon, par souci de transparence sur la réalité des

événements, que cette information soit également partagée.

Je souhaite terminer cette lettre, si vous me le permettez, Monsieur le préfet de l’Ariège « Terre

Courage », en témoignant de ma tristesse devant le constat de l’échec de la République, devant

votre échec.

Punir l’exemplarité, ou qualifier de « désinformation » les questions légitimes des citoyens

français, n’est pas une politique publique digne d’un État qui se dit exemplaire. L’exemplarité

aurait voulu que vous fassiez une application intelligente et proportionnée des règles, plutôt que

de les appliquer aveuglément en pénalisant les exploitants les plus vertueux et les plus alignés

sur les objectifs publics de la transition agroécologique.

Ma démarche s’inscrit dans une valorisation de l’excellence agricole, de la préservation de la

biodiversité des modèles d’exploitation, de la diversification des pratiques et surtout dans le

respect de la conscience de chacun.

Et c’est avec une sincère émotion que je vous demande, M. Brabant, de ne pas faire subir à

d’autres éleveurs vertueux ce que vous et vos forces armées m’avez infligé.

Bien cordialement,

Christelle Record

Pour marque-pages : Permalien.

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