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À en croire Annie Genevard, la pénurie d’œufs qui touche la France en ce moment ne serait due qu’à une augmentation de la consommation des Français et, effort louable d’autocritique, à quelques surtranspositions de normes européennes qui entravent la production. Réponse sans détour de Maxime Chaffangeon ce matin sur nos ondes : « Madame Genevard, elle parle très bien mais elle oublie beaucoup d’éléments essentiels ». Et en premier lieu, les innombrables abattages préventifs de volailles liés à la grippe aviaire. Notre invité a demandé des données nationales, mais « ni la DGL, ni la DPP, ni personne ne veut donner de chiffres ». Lui sait que « sur le département du Rhône et de la Loire, on est à 140 000 poules abattues sur 2025 ».
Parmi les « détails » que personne ne prend le temps d’expliquer au grand public, Maxime met en lumière la loi franco-allemande sur l’ovosexage. « On a voulu partir sur l’ovosexage. On ne broie plus les poussins mâles. On les tue dans l’œuf en fait. On regarde l’œuf si c’est un mâle ou une femelle ». Sauf que, derrière l’emballage éthique, la facture retombe sur l’éleveur : « l’ovosexage aujourd’hui, il va nous coûter entre 80 centimes et 1 € par poule en plus à l’éleveur. On va payer aux industriels pour qu’ils ovosexent chez eux en fait ». Jusqu’en décembre, il existait une compensation, mais « là elle disparaît au 1er janvier et là c’est nous qui en fait qui allons payer pour les industriels ». À l’échelle d’un élevage comme le sien, « la personne qui a 9 000 poules, eh bien ça va lui coûter quasi 9 000 € de poulettes en plus à amortir ». Une rente de plus pour l’industrie agroalimentaire, un clou supplémentaire dans le cercueil de l’élevage.
Enfin, Maxime met les pieds dans un autre tabou : l’ouverture du marché aux œufs ukrainiens. Là encore, notre invité met les pieds dans le plat. Le marché français va être inondé d’œufs produits dans des conditions interdites en France : « l’Ukraine, c’est des bâtiments 200 000, 300 000 poules voire plus ». D’où son avertissement : « si [ces œufs] rentrent sur le marché français, on ne pourra pas lutter ». En filigrane, il dit à nos auditeurs ce que personne n’assume publiquement : au nom de la guerre et de la « solidarité » avec Kiev, on sacrifie, très concrètement, ceux qui produisent encore des œufs de qualité en France.
Dernière difficulté relevée par Maxime Chaffangeon : celle du coût réel de l’outil de travail. Il explique que ses bâtiments ont augmenté « de 40% ». Très concrètement, « mon bâtiment à l’époque en 2021, il coûtait 450 000 €. Aujourd’hui il en vaut 750 000 ». À l’origine de cette inflation délirante : « depuis le Covid, le prix des matériaux [a] augmenté », et des normes de plus en plus exigeantes, donc de plus en plus coûteuses. Dans le discours officiel, on parle de « transition », de « modernisation » ; pour lui, cette transition, c’est tout simplement la mise hors jeu économique des éleveurs qui veulent rester aux normes françaises. Voilà un tour d’horizon rapide mais concret de la manière dont l’État s’y prend pour tuer l’élevage français.
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